April 4, 2021

AIMF x Kabakoo : workshop "Gouvernance des territoires et économie circulaire"

Written by:
Yanick Kemayou

Kabakoo was delighted to take part in the workshop "Gouvernance des territoires et économie circulaire" organized by the Association Internationale des Maires Francophones.

Our contribution was focused the case of African cities and the relevance and the anchoring of circularity in these societies. It was also an opportunity for us to mention Kabakoo's model, which is fully in line with this circular dynamic, since our education model is based on ecosystems and the emergence of sustainable futures.

If you want to know more about the content of our contribution, please read our memo below (in French...)

A big thank you to our partner, the AIMF, for giving us the opportunity to participate in this very rewarding event!

Gouverner l’économie circulaire en apprenant des territoires : Le cas des cités Africaines*

S’il est vrai que l’économie circulaire comme mode d’organisation économique peut être considérée comme un développement relativement récent, force est de constater que la circularité de la vie sociale et économique est un fait très ancien dans les cités Africaines. Dans notre quête d’encapacitation des populations et des communautés pour l’activation de boucles de valeur, à Kabakoo nous ne considérons donc pas l’économie circulaire comme nouveau modèle économique.

Les cosmotechniques Africaines, ces entrelacements de visions du monde et de morale par le biais d’activités techniques ou artistiques, sont circulaires par essence. Rien ne se perd. Toute fin est un début. La vie est interdépendance. Au Mali par exemple, l’arbre Ngalama dont les feuilles sont utilisées depuis des siècles pour la teinture des célèbres textiles Bogolan, fournit aussi son écorce et ses racines à la médecine, son bois pour la construction des habitations et outils agricoles, et même ses cendres pour le tannage des peaux. Rien ne se perd.

Toute fin est un début. La circularité, ou mieux, la récursivité dans l’organisation socio-économique des cités Africaines, tient compte des deux types de rétroaction possibles ; à savoir une rétroaction expansive, source de destruction créatrice, et une rétroaction stabilisante, limitant les excès du système. Ces dynamiques peuvent être observées, par exemple, dans le symbole Baoulé (Côte d’Ivoire) des deux crocodiles se mordant la queue qui représente l’équilibre entre gouvernant·e·s et gouverné·e·s, ou le serpent se mordant la queue chez les Fon (Bénin), ou encore dans le serpent à deux têtes des Bamoun (Cameroun). Ainsi aujourd’hui encore dans les cosmotechniques Africaines, la fin est le début est la fin.

Poser la question de la gouvernance de l’économie circulaire c’est aussi questionner le mode d’organisation économique souhaitée. Un questionnement d’autant plus pertinent pour les cités Africaines qui depuis plus de 60 ans cherchent, avec une peine évidente, une voie menant à une amélioration des conditions socio-économiques de leurs populations. La modernisation tant conjurée des économies du continent passe-t-elle par une industrialisation de masse à grande échelle ? Les résultats des dernières décennies, marquées plutôt par une dé-industrialisation des économies Africaines, laissent dubitatif. En effet, l’industrialisation de masse nécessite une grande intensité capitalistique et la présence d’infrastructures routières, ferroviaires et autres guère présentes dans la vaste majorité des cités Africaines. Pourquoi ne pas donc envisager l’industrialisation sous le prisme de la manufacture décentralisée et à petite échelle, elle-même plus cohérente avec une économie circulaire ?

En effet, l’économie circulaire, avec ses forts ancrages locaux, est plus envisageable dans une économie décentralisée basée sur une manufacture à petite, voire moyenne échelle que dans un modèle d’industrialisation de masse. La question des économies d’échelle se pose naturellement. Mais le digital avec des technologies telles l’impression 3D et la fraiseuse numérique permettent aujourd’hui de faire des petite séries hautement personnalisées tout en restant efficace d’un point de vue de l’utilisation des ressources ; même si les coûts cachés des technologies digitales n’ont pour l’instant pas encore l’attention méritée étant donné que les activités digitales de la frange connectée de l’humanité dégageraient déjà plus de gaz à effet de serre que tout le secteur de l’aviation civile.

Selon une récente étude de l’OCDE sur l’économie circulaire dans les villes et régions, les barrières culturelles représentent un défi pour 67% des collectivités étudiées car elles rendent difficile le travail de sensibilisation sur l’économie circulaire. S’il serait intéressant de répliquer l’étude dans les villes et régions d’Afrique, notre hypothèse est que les cités Africaines, avec leurs systèmes de pensée basés sur la récursivité et l’interdépendance, abordent le sujet avec un certain avantage.

Gouverner l’économie circulaire dans les cités Africaines c’est donc recomposer (avec) des cosmotechniques ardemment vivantes et mal cachées sous le voile d’une globalisation unilatérale en fin de course. C’est être sensible aux épistemicides, et embrasser la complexité d’une pensée circulaire mettant nos rationalités mécaniques à rude épreuve. L’action et l’engagement de Kabakoo promeuvent des économies circulaires, auto-régulées via l’interaction entre les différentes forces de rétroaction. Le concept Kabakoois de l’apprentissage pour l’ère écosystémique s’inscrit donc dans les dynamiques ayant pour but de faire émerger une possible bifurcation vers des économies pour les communs par les communs.

*Texte préparé comme mémo pour l’atelier de l’AIMF sur « la gouvernance des territoires et l’économie circulaire », 9 mars 2021.