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La méthode Kabakoo : Pour une révolution de l'éducation en Afrique !

Par Yanick Kemayou, fondateur de Kabakoo - La Maison de l'Étonnement

· Kabakoo Study,Community

Kabakoo – La Maison de L’Étonnement est un acteur de l’innovation des systèmes d’apprentissage en Afrique. À Kabakoo, l‘apprentissage se fait en deux temps. Le moment premier est celui de l’étonnement qui éveille la curiosité ; le deuxième moment est fondé dans la transformation de la curiosité en créativité. Le processus de l’étonnement à l’apprentissage créatif, une fois mis en place, est une boucle auto-générative qui fait monter l’apprenant de tout âge dans une spirale vertueuse où l’étonnement libère la pensée et l’action créatrices qui elles-mêmes nourrissent l’étonnement et le questionnement. La spirale vertueuse de Kabakoo entre étonnement et apprentissage créatif repose sur quatre jalons.

Projets collaboratifs

À Kabakoo, le travail collaboratif sur des projets ancrés dans les réalités des apprenants se trouve au centre du processus d’apprentissage. Les apprenants ont une marge de manœuvre assez conséquente leur permettant de choisir les projets sur lesquels ils veulent travailler. Cette approche autant expérentielle que collaborative permet de faire bon usage de l’intérêt personnel de tout en chacun et ainsi d’améliorer non seulement les résultats des projets mais aussi les objectifs individuels d’apprentissage. Pour donner aux apprenants la possibilité de travailler sur des projets selon leurs passions respectives, différents projets sont soutenus car même si les apprenants sont responsables de leur projet, ils ont parfois besoin d’être accompagnés par des facilitateurs qui interviennent comme guides et non comme enseignants. L’ancrage socio-culturel des projets amène les participants à régulièrement aller hors des murs de Kabakoo que ce soit pour des observations, des prises de données, ou des entretiens avec des populations. Ces activités donnent la possibilité aux apprenants de se confronter aux populations, aux problématiques de langue, et dépendant des projets, d’ainsi incorporer les savoirs endogènes dans les projets. Depuis le lancement de Kabakoo en mai 2018, divers projets ont déjà été réalisés ou sont en cours de réalisation ; peuvent être cités, entre autres, le projet « Afrique, respire » ayant abouti à la première plateforme citoyenne de mesure de la qualité de l’air en Afrique d’Ouest, des ateliers d’art, plusieurs meubles issus des projets de recyclage d’objets, un projet sur la transformation de déchets organiques en biogaz...

Kabakoo_Makerspace_Bamako_Fablab_Open science

Sensibilité esthétique

Les apprenants à Kabakoo sont encouragés à réfléchir sur l’esthétique qui les entoure. La beauté, le sens de l’esthétique, et l‘expression artistique sont des éléments qui rythment le quotidien de l‘Africain. Au vu du désordre urbain, des dépôts sauvages d’ordures, des résidus de plastique et autres violences visuelles, olfactives, et auditives qui caractérisent les cités Africaines, il peut évidemment paraître incongru d’énoncer que le beau se retrouve comme fil directeur dans le quotidien Africain. Mais l’importance des rituels, du bon geste, de la bonne tenue, de la juste parole, de la juste mélodie à la bonne occasion et cela dans toutes les activités sociales témoignent de cette place centrale de l’art et du sens de l’esthétique. En outre, il est de nombreux objets utilisés quotidiennement dans diverses régions africaines dont l’aspect artistique justifie une exposition dans les musées d’ailleurs. Afin de lancer la réflexion sur l’esthétique, les apprenants peuvent travailler collaborativement sur des projets artistiques. Par exemple, un groupe d’apprenants a décoré des murs à Kabakoo avec des idéogrammes anciens utilisés dans la culture Bamanan depuis l’époque de l’Empire du Mali (dès le 13e siècle). Le groupe était accompagné pour le projet par un artiste-peintre local qui a, dans un premier temps, expliqué aux apprenants l’origine et la signification des différents idéogrammes pour ensuite les guider dans l’utilisation des pochoirs, une technique de peinture utilisée dans la région Bamanan pour décorer les maisons et les textiles, le fameux bogolanfini, depuis plusieurs siècles. Les apprenants ont ainsi fait une réflexion collective sur le sens du beau, finalisé un projet en décorant collaborativement les murs, tout en apprenant individuellement un savoir endogène, la signification des différents idéogrammes, leur permettant de mieux comprendre leur environnement socio-culturel.

Kabakoo_African Vaulted architecture_Bamako_Makerspace

Symbiose entre la Nature et l’Humain

L’apprenant à Kabakoo est amené à reconnaître la symbiose entre la Nature et l‘Humain. La reconnaissance d’une telle symbiose remets en perspective la relation d’interdépendance entre l’Homme et son milieu, favorisant ainsi une prise de conscience quant aux multiples défis écologiques nous faisant face. En outre, la symbiose entre la Nature et l’Humain est au cœur de la conception Africaine du monde. Cela est peut-être illustré par « Souffles », le poème de Birago Diop qui nous suggère d’écouter plus souvent les choses que les êtres. Car l’arbre, le vent, l’eau, le rocher ont tous des choses à nous dire. Ce volet de l’apprentissage mettant en avant la symbiose entre la Nature et l’Humain est vécu aussi à travers l’architecture durable de Kabakoo qui est une construction en matériaux locaux adaptée à son environnement. Tout cela explique éventuellement pourquoi les apprenants s’orientent d’eux-mêmes vers des projets ayant pour but proche ou lointain de restaurer notre symbiose avec la Nature. Des apprenants ont ainsi travaillé ou travaillent encore sur des projets concernant le développement de sources d’énergie de cuisson moins préjudiciables pour l’environnement, l’amélioration de la qualité de l’air, ou encore le recyclage d’objets.

Kabakoo_African Vaulted sustainable architecture_Bamako_Makerspace

Démarche inclusive

L’apprentissage par le travail collaboratif sur des projets, la réflexion sur l’esthétique et la symbiose entre la Nature et l’Humain se retrouvent dans la démarche radicalement inclusive de Kabakoo. Cet aspect inclusif se retrouve tant dans le public des apprenants que le personnel de Kabakoo. Concernant les apprenants, les ateliers de projets sont ouverts à tout le monde, nonobstant le niveau d’études préalable ou tout autre éventuel facteur discriminant ; le seul prérequis étant l’intérêt de l’apprenant. Les groupes de projet sont ainsi constitués de profils variés. Dans le groupe travaillant sur un projet d’impression 3D dans le cadre de la collaboration avec le Maryland Institute College of Art, on retrouve ainsi des élèves-ingénieurs, des apprenants qui ont quitté l’école sans le baccalauréat, et des chercheurs d’emplois.

Kabakoo_African Vaulted architecture_Bamako_Makerspace

Perspectives

Depuis le début de l’aventure Kabakoo en mai 2018, nous avons pu échanger concernant notre vision de l’apprentissage avec plusieurs audiences. Par exemple lors du forum sur les sciences ouvertes GOSH 2018 à Shenzhen ou encore au MIT Media Lab dans le cadre du Global Community Biosummit. En outre, Kabakoo fait partie des initiatives présentées par l’Union Africaine dans sa publication sur les innovations de l’éducation en Afrique. Ces retours en tout juste dix mois d’existence sont naturellement encourageants et positifs pour la vision de l’apprentissage chez Kabakoo. Même si cette vision de l’apprentissage est elle-même en apprentissage constant. Pour capitaliser les acquis et aller plus loin, plusieurs challenges restent à surmonter. Premièrement, la question du développement des curricula se pose. Le défi ici est de concevoir des curricula consistants et reproductibles sans se retrouver dans un système de silos disciplinaires. Deuxièmement, les stratégies et possibilités pour augmenter le nombre d’apprenants et d’activités restent à élaborer. Nous devons trouver comment toucher des milliers de jeunes du continent et ainsi lancer une réelle révolution de l’apprentissage créatif via l’étonnement en Afrique. Last but not least, se pose la question du financement. Car la solution des deux premiers défis, surtout de la problématique d’échelle, dépend dans une grande mesure des ressources financières du projet.

Cette réflexion de notre démarche était clairement elle-même un chantier en cours, n'hésitez pas à partager vos critiques et commentaires!

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